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Texte FR/AR Programme du Festival de Fes de musique SacréeSoufi
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Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 1
Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 2
Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 3
Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 4
Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 5
Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 6
Le Festival de Fes de la Culture Soufi - 7
Aujourd’hui à Fès le ciel s’est assombri, le vent a fait voler le sable et la pluie s’est abattue sur la ville, violente et soudaine.
Mais les concerts ont pu avoir lieu au musée Batha juste avant la pluie et à Bab Makina juste après la pluie. Dans cette journée consacrée aux musiques populaires italiennes et aux traditions soufies du Maroc, l’orage à servi de ponctuation, point virgule en forme de rupture et liaison.Au musée Batha l’italienne Lucilla Galeazzi est visiblement heureuse de pouvoir chanter sous le cèdre du Liban. Elle saisit l’énergie laissée par les artistes précédant, et se lance avec son quatuor vocal, Faraualla, dans l’interprétation des thèmes populaires religieux de l’Italie toute entière. Des pouilles à l’ombrie, nous parcourrons les traditions de pâques et de noël. Elle nous raconte les pèlerinages sous le soleil et les processions graves. A capella ou juste accompagnée d’une guitare sèche, elle chante aussi une foi simple qui conte la douceur de Marie et les souffrances de Jésus.
Les quatre chanteuses du quatuor Faraualla, en longues robes blanches alternent des moments propices au recueillement et des envolées plus gaies accompagnées par des claquettes de bois auxquelles sont accrochés des rubans multicolores.
A la fin du concert, elles descendent toutes les quatre de la scène suivant Lucilla Galeazzi qui les entraîne guitare à la main pour une ronde dans le public de Batha.
Lucilla Galeazzi nous montre que l’on peut s’intéresser aux cultures populaires et locales sans tomber dans un régionalisme étroit. Au contraire, elle s’attache à montrer les emprunts et les circulations. Si elle est si engagée et si juste, c’est que Lucilla Galeazzi a beaucoup travaillé sur le terrain, spécialiste des traditions du centre de l’Italie, elle a collaboré avec Giovanna Marini et partage le même engagement et la même foi dans ces cultures populaires, drôles ou graves.
Attentive au contexte et aux histoires locales Lucilla Galeazzi avait pris le temps de se perdre dans la médina de Fès, d’en saisir le tempo, elle a su utiliser cette énergie sur scène pour donner un joli concert, très humain. A peine le concert fini, les premières gouttes ont commencé à crever le ciel lourd de Fès, nous privant du concert de Bab Boujloud, mais laissant la ville comme purifiée avant le début de la soirée soufie qui commence ce soir place Bab Makina pour se poursuivre au palais du festival.
C’est donc dans l’odeur de la terre mouillée que Bab Makina a accueilli le chœur de Fès dirigé par Mohammed Bennis et trois grandes voix marocaines : Mohammed Ba Jeddoub, Abderrahim Souiri et Abelfettah Bennis. Pour l’occasion, Saïd Hafid s’était joint à eux. Les formes de la musique soufie sont très variées à travers le monde arabe et au Maroc même les confréries ont développé des manières diverses d’invoquer le nom de dieu, et de parvenir à l’extase mystique. La musique est dans la mystique soufie une des manières de trouver la voie qui mènera le croyant au cœur de la foi. Le concert de ce soir est plutôt savant, il rend hommage à la spiritualité fine de la ville de Fès et aux textes des grands auteurs soufis.
L’orchestration est marocaine et les chanteurs doivent ménager des temps pour Saïd Hafid, égyptien qui ponctue le concert de sa voix chaude. Ses interventions sont peu nombreuses, mais saluées par le public de Bab Makina qui pour une fois se sent en terre de connaissance. Les textes sont repris par le public et on se rend compte à quel point les poèmes de Rumi, Hafid, les compositions du IXème ou Xème siècle constituent un trésor vivant, toujours partagé…
Beau moment dans le concert, les musiciens font entendre un à un violon, ney, quanun, oud entrecoupés par les louanges poétiques que les voix puissantes des quatre chanteurs lancent sur la place.
Puis ensemble, soutenus par le chœur de Fès et le public de Bab Makina, les chanteurs debout accélèrent les invocations. La ferveur monte et le nom de Dieu martelé s’imprime dans les consciences…
Emilie Da Lage
Réservez vos dates ! La 2ème édition du Festival de Fès de la Culture Soufie aura lieu, à Fès, du 17 au 24 avril 2008, sous l'intitulé « Orient Occident ». Des thématiques telles que « Femmes et Spiritualité » ; « Soufisme et dialogue Orient Occident » ; « Soufisme et développement humain » seront abordées parallèlement aux soirées de « Dhikr » (invocations) de confréries de différents pays et cultures et des manifestations artistiques et musicales.
Mamoun Bouassa Cellule Accueil Agence Par Chemins Concepts m.bouassa@par-chemins.org
Le Festival de Fès de la culture soufie a pour vocation de faire découvrir un patrimoine spirituel et artistique d’une exceptionnelle richesse mais aussi d’ouvrir une réflexion sur ce que pourrait être l’apport de ce patrimoine au cœur même de la société marocaine d’aujourd’hui.
Il est intéressant à ce titre d’essayer d’établir la manière dont la spiritualité du Soufisme peut, dans les formes actuelles de l’action sociale ou entrepreneuriale, devenir un facteur particulièrement fécond du développement humain. Ce dernier étant entendu non seulement dans son acception sociale mais, aussi, culturelle et spirituelle.
Le Soufisme peut aussi inspirer, à un niveau global, de nouvelles approches pour la mise en œuvre concrète de médiations de paix et pour le développement du dialogue entre les religions et les cultures.
Ce Festival pourra contribuer ainsi à faire connaître et à diffuser à travers le monde, à une époque particulièrement troublée, le message de paix, d’universalité et de spiritualité inscrit au cœur de l’Islam. Faouzi Skali
A l'ultime extrême de l'Orient point l'Occident. Et inversement. « Comme la nuit s'enroule dans le jour, dit le Coran, et le jour dans la nuit ». La globalité du monde ne peut être perçue que dans le jeu de ces oppositions et complémentarités, ce jeu de miroir, entre ces deux hémisphères de notre planète. Mais au-delà de leur disposition géographique l'Orient et l'Occident constituent d'abord des continents culturels et symboliques. Les termes de mondialisation ou, pire encore, de « globalisation » expriment surtout la volonté d'une domination d'une aire culturelle sur un autre, d'un système triomphant grâce à des valeurs et systèmes d'organisation venus de l'Occident. Cette domination, qu'elle cherche à s'exercer dans un sens ou dans l'autre, n'est jamais guère que provisoire, sinon le fruit d'une illusion d'optique. Le Soufisme à travers les siècles a su tisser des passerelles entre ces deux mondes et y faire voyager, à travers des colorations multiples, des idées, des valeurs, des symboles universels. Car seule une spiritualité authentique allie dans l'homme lui-même l'Orient de l'âme et l'Occident de la raison. Fait jaillir cette Lumière divine qui s'alimente d' « un arbre béni, un olivier, qui n'est ni d'Orient ni d'Occident ». (Coran) Ainsi en est-il de certaines valeurs partagées entre l'Orient et l'Occident de la « Chevalerie spirituelle », du sens de l'élévation et de la noblesse du comportement humain. Celle par laquelle l'homme développe des qualités intrinsèques d'humilité, de générosité, de compassion, de courage, d'intégrité et bien d'autres encore, qui lui permettent d'être dans la meilleure articulation possible au réel et à la justesse de l'action. C'est cet esprit de « Chevalerie » qui a présidé à l'association, chez les artisans et les corps de métiers, entre travail, éthique et valeurs spirituelles. Comme chez le chevalier le travail, ou l'action en général, n'est que la monture qui est dirigé par l'esprit qui en oriente le sens et la finalité. Le travail est certes alimentaire mais il n'est jamais « que cela ». C'est aussi l'un des vecteurs du développement de notre humanité. La culture soufie nous ouvre aussi sur l'importance essentielle de la dimension du « féminin », et des valeurs qui lui sont attachées, dans tout développement sociétal. Les figures de Layla, de Maya … puisées du patrimoine poétique arabe antéislamique, de l'amour courtois « Udhri » et platonique vont constituer les principaux symboles de l'amour universel des Soufis exprimé dans la poésie de Rabia al Adawiyya, de Hallaj, d'Ibn Arabi ou de Rumi. Ils vont aussi constituer la texture des expressions artistiques et musicales développées à travers l'extraordinaire diversité des cultures soufies de par le monde d'Afrique ou d'Europe, d'Orient ou d'Occident, moyens et extrêmes. Le romantisme spirituel du Soufisme, qu'il soit exprimé par des hommes ou des femmes, a cependant accordé à ces dernières une signification symbolique essentielle qui est le préalable à la reconnaissance naturelle de l'importance de leur place et de leur rôle au sein de la société. Dans cette fonction de médiation entre l'Orient et l'Occident, entre l'homme et la femme, le Soufisme développera aussi une capacité à trouver des solutions d'harmonisation et de complémentarité, d'une reconnaissance naturelle et féconde des différences et de la diversité, là ou peuvent s'installer des attitudes de rejet, de crispations, et de conflit. Il sait progressivement remplacer par un long processus de connaissance et de transformation de soi les logiques de la haine par celles de l'amour. Le développement civilisationnel d'une société peut se mesurer à sa mise en œuvre des moyens par lesquels le plus simple citoyen peut avoir accès, par des relais multiples, au plus large patrimoine possible de connaissance, de culture et de spiritualité. Mais aussi à sa capacité d'affiner et de développer des liens sociaux, ou avec son environnement, dans le sens d'une très grande élévation et harmonie, que ces relations soient internes à ces sociétés ou définissent la philosophie de leur relations internationales. Le « développement civilisationnel » signifie en somme la possibilité de créer aujourd'hui selon des modalités concrètes et collectives, sociétales, une « civilisation de l'amour et de la connaissance ». L'intensité de cette « énergie d'amour » qui circule dans ses colorations et expressions diverses, au sein de la société, constitue pour le Soufisme le cœur même de toute civilisation. Elle implique et englobe les dimensions d'équité et de justice. C'est cette vocation qui est assignée aussi à sa dissémination et à sa diffusion, récurrentes, à travers le Festival de Fès de la « Culture Soufie ».
Faouzi SKALI